Saviez-vous que la culture festivalière a débuté à Montréal à la fin du 19e siècle ?
Début de la culture festivalière à Montréal : Carnaval d’hiver de Montréal (1883-89), les Festivals de Montréal (1939-1965) et le Festival mondial (Expo 67)
Brève • Le Saviez-Vous ? • Culture OFF

Les palais de glace de Montréal étaient imposants. Certains étaient laissés sur place et illuminés même une fois le carnaval terminé. PHOTO : William Notman, 1885, Musée McCord

Palais de glace, Carnaval d’hiver de Montréal, 1887
Estampe, Château de glace, Montréal; carnaval d’hiver, 1887, Anonyme, 49.5 x 66.5 cm
Note wiki communs : Artiste du dessin: « O H » (initiales signées en bas à droite) Architectes du château: Hutchison & Steele — Cette image est disponible au Musée McCord sous le numéro d’accès M984X.206 Ce bandeau n’indique rien sur le statut de l’œuvre au regard du droit d’auteur. Un bandeau de droit d’auteur est requis.
Dire que l’identité de Montréal s’est construite autour de la culture du festival est une évidence. Les prémisses de cette ferveur datent de la fin du 19e siècle avec le Carnaval d’hiver de Montréal (1883-1889), « un des premiers grands évènements festifs d’Amérique » 1 qui visait en premier lieu à réunir les clubs de sportifs amateurs — curling, toboggan, patin, raquettes, hockey —, une tradition importée d’Angleterre. L’idée vient de Robert D. McGibbon, un jeune avocat montréalais membre du Montreal Snow Shoe Club. Enthousiaste, le milieu des affaires y voit non seulement des opportunités économiques durant la saison morte, mais aussi l’occasion de placer Montréal sur l’échiquier touristique canadien et américain2. Pendant une semaine, à la fin janvier, le Carnaval d’hiver de Montréal enchaine une programmation d’activités sportives et festives où les compétitions et les épreuves rivalisent avec les bals de l’hôtel Windsor, les mascarades sur patin ou les feux d’artifice. Mais la marque de l’évènement, ce sont les constructions de glace monumentales inspirées des fêtes données au bord du fleuve Neva en Russie au 18e siècle : un gigantesque palais installé au carré Dominion, la tour Condora au Champ-de-Mars, un lion géant et un labyrinthe sur la place d’Armes. Cependant, quoi qu’en disent les illustrations dans les journaux laissant croire à une fête populaire, ces couteuses festivités qui se sont terminées en 1889 rejoignent avant tout les élites anglo-montréalaises, canadiennes et américaines.
L’essor : Les Festivals de Montréal (1936-1965)
Cinquante ans plus tard, l’élite francophone reprend le flambeau et fait le projet « d’instaurer au Canada un festival annuel dans la tradition des grands festivals européens »3. Antonia Nantel, une femme qui nous a laissé un legs culturel impressionnant4, fonde les Festivals de Montréal (1936-1965) avec la complicité de son mari, le politicien Athanase David, et du chef d’orchestre Wilfrid Pelletier. Si au départ la programmation mise sur la musique classique, elle s’ouvre dès les années 1950 à d’autres disciplines comme le théâtre, la danse, le folklore, le jazz, les expositions d’œuvres d’art et d’artisanat, puis le cinéma et la musique contemporaine, encourageant dans la foulée la participation d’artistes canadien·nes et francophones. Avec les concerts populaires au Forum ou les activités gratuites l’été au parc du Mont-Royal, la volonté d’Antonia Nantel est de démocratiser l’accès à la culture. Cependant, les déficits s’accumulent au cours des années malgré un large soutien de son public et des gouvernements. En 1963, un autre projet de la société des Festivals de Montréal se concrétise avec l’inauguration de la Place des arts sous l’égide de Wilfrid Pelletier. La société mettra fin à ses activités festivalières en 1965 pendant que l’équipe concentre ses énergies à la réalisation du Festival mondial.
L’Expo 67 et le Festival mondial

Place des nations / Gilbert Ouellet. – 1967. – Archives de la Ville de Montréal. P123_1P012
Arrive donc l’Expo 67 qui aura l’effet d’un véritable électrochoc pour la société québécoise et son milieu culturel. Un élément clé de cette programmation phénoménale, c’est le Festival mondial qui propose à lui seul 672 évènements artistiques, toutes disciplines confondues, réunissant près de 25 000 artistes de plus de 25 pays5. Les représentations se succèdent d’avril à octobre dans les trois salles de la Place des arts, à l’église Saint-Jacques sur la rue Sainte-Catherine, à l’Expo-Théâtre et l’Autostade de la Cité du Havre, au théâtre La Poudrière de l’ile Sainte-Hélène, au Jardin des Étoiles à La Ronde et dans plusieurs pavillons. Sur le site même de l’Expo 67, sont aussi offerts gratuitement 6 000 concerts et une multitude d’autres spectacles à la foule éblouie qui déambule dans les iles. C’est à partir de cette manifestation marquante par son coté novateur et démesuré que Montréal a été surnommée « ville des festivals »6, une formule qui sera reprise trente ans plus tard par Tourisme Montréal pour promouvoir la ville.
Notes :
1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_d’hiver_de_Montréal
2. Dufresne, S. (2001). 1883-1889 : quand Montréal avait son carnaval! Cap-aux-Diamants, (64).
3. Huot, C. (2014). Les Festivals de Montréal/The Montreal Festivals. Dans Encyclopédie Canadienne. Récupéré le 4 juin 2024 de https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/les-festivals-de-montrealthe-montreal-festivals
4. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1793207/osm-reconnaitra-publiquement-cofondatrice-antonia-nantel
5. Melillo, D. (2018, 13 août). Le Festival mondial d’Expo 67. Dans Encyclopédie du MEM. Récupéré le 16 septembre 2024 de https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/le-festival-mondial-dexpo-67
6. Radio-Canada. (2020, 3 juillet). Expo 67, mère des grands festivals montréalais. Dans Radio-Canada, Le 15-18. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/Le-15-18/segments/chronique/187521/histoire-carnaval-celebrations-evenements