Savez-vous d’où vient l’usage du terme OFF dans le milieu culturel ?
Du Off-Broadway au festival Off Avignon
Brève • Le Saviez-Vous ? • Culture OFF

Au Québec, on utilise couramment le terme « off » pour dire qu’on est en congé provisoire ou qu’on a mis un appareil hors tension. Mais qu’en est-il de son usage dans le milieu culturel ? Emprunté aux abréviations anglo-américaines off-screen, off-camera ou off-stage (le « the » étant élidé), le mot « off » s’éloigne de sa dimension technique et prend une signification singulière dans la seconde moitié du 20e siècle alors qu’il désigne des expressions, des initiatives et des formes artistiques marginalisées1.
L’émergence du Off-Broadway (1945)
C’est en 1945 que le terme s’est popularisé à New York avec « Off-Broadway ». Campé à l’origine dans le quartier Greenwich Village, ce mouvement théâtral émancipé s’est développé à partir des années 1920 comme une alternative aux spectacles à caractère commercial présentés en majorité dans le quartier des théâtres à Broadway.
Aujourd’hui, cette nomenclature renvoie moins à des quartiers qu’aux dimensions et à la nature des lieux. Le terme « Off-Broadway » désigne les théâtres comptant entre 99 et 499 places, en contraste avec « Broadway » qui fait référence aux salles de plus de 500 places, tandis que « Off-Off-Broadway » concerne des lieux de diffusion éclectiques — cafés, églises, squats ou friches — qui comptent 99 places et moins, où sont souvent jouées des œuvres plus expérimentales.
L’exportation européenne : le Festival Off d’Avignon (1966)

Le mot s’exporte au continent européen. En 1966, dans les effluves anarchistes présageant Mai 68, un groupe d’artistes et de compagnies décident de fonder leur propre festival parallèle en contestation du Festival d’Avignon. Il est nommé off-festival « dès 1969 sous la plume de Jacqueline Cartier dans France-Soir »2 en opposition au festival officiel dit « in ».
Aujourd’hui, le festival Off Avignon est un des plus grands évènements théâtraux au monde. Il transforme Avignon en ville-festival et son pendant officiel ne saurait exister sans lui.
Un nouveau lexique culturel
À partir du mot « off », on voit donc se décliner un tout nouveau lexique — artistes off, lieux off, évènements off, scènes artistiques off ou cultures off — pour décrire ces expressions alternatives qui peinent à se déployer face au système culturel « in » associé aux milieux institutionnels, commerciaux et grassement subventionnés, mais qui pourtant contribuent à le nourrir3.
Notes :
1. ATILF – CNRS & Université de Lorraine. (s. d.). OFF : Définition de OFF. Dans Trésor de la langue française informatisé. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL). Récupéré le 3 avril 2025 de https://www.cnrtl.fr/definition/off
2. Rumello, J. (2016). Le fond de l’air est rouge. Dans Réinventer une utopie, le Off d’Avignon (p. 3748). Ateliers Henry Dougier. https://www.cairn.info/reinventer-une-utopie-le-off-d-avignon–9791031201665-p-37.htm
3. Vivant, E. (2006). Le rôle des pratiques culturelles off dans les dynamiques urbaines [Université Paris 8]. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00257227/document