Savez-vous quels ont été les premiers festivals « off » à Montréal ?
Les premiers festivals Off de Montréal : Festival du nouveau cinéma, FIRM et OFFJazz
Brève • Le Saviez-Vous ? • Culture OFF

Affiche, Festival International Rock de Montréal, 1988. Source: Alain Karon.
À vrai dire, répondre à cette question n’est pas si simple. Tout dépend de la définition que l’on donne au terme « off », une expression qui s’est répandue dès la moitié du 20e siècle dans les milieux culturels de la planète à partir du phénomène du OFF-Broadway de New York . Exclue des lieux reconnus de la culture, la communauté marginalisée des arts de la scène s’est peu à peu ralliée sous cette appellation. L’arrivée du festival Off Avignon vient ensuite consacrer une nouvelle forme de résistance artistique précisément dans l’univers festivalier. Bref, si dans plusieurs milieux, on utilise le mot « off » comme synonyme des scènes culturelles alternatives1, en revanche, si l’on se fie aux définitions fournies par les dictionnaires francophones, il prend un sens plus strict et qualifie une initiative « qui se produit en marge d’un programme officiel et présente un caractère généralement avant-gardiste ou marginal »2, comme le Off Avignon. Alors, sur quels critères peut-on se baser pour identifier nos premiers festivals off montréalais ? Représenter une scène alternative ou faire acte de résistance dans l’ombre d’un évènement « mainstream » ?
Premières pistes : Le Festival du nouveau cinéma et Le Festival international rock de Montréal
En suivant la première piste, celle de la scène alternative, deux festivals montréalais semblent ressortir du lot : le Festival du nouveau cinéma, ou FNC, (1980 à ce jour) et le Festival international rock de Montréal (1988-1992).
En 1971, deux fous de cinéma expérimental, Claude Chamberlan et Dimitri Eipides, fondent le Festival international du film en 16 mm, dans la période de vide laissé par la disparition, en 1967, du Festival du cinéma canadien, initié par le cinéaste Rock Demers. Les deux complices qui animent depuis quelques années la coopérative de cinéastes indépendants, le Centre du film underground, veulent créer un espace de diffusion pour ce format cinématographique jugé mineur et boudé par les festivals. « Le 16 mm était le format des jeunes, des marginaux, de ceux qui exploraient et marchaient en dehors des sentiers battus. »,3 raconte Chamberlan. Avec la démocratisation d’autres formats, l’évènement prendra le nom de Festival international du nouveau cinéma en 1980, et en 1982, ajoute à son titre « et de la vidéo », le nouveau médium de l’alternative cinématographique. C’est ainsi que les cinéphiles québécois ont pu découvrir les premières œuvres de Jim Jarmusch, Atom Egoyan, Chantal Akerman, Béla Tarr ou Wim Wenders. Bien des années sont passées depuis l’époque où son cofondateur Claude Chamberlan « vendait du pot et des champignons magiques à des amis et à des amis d’amis pour financer en partie ses activités »4, mais le mandat de découverte du FNC se poursuit encore aujourd’hui, bien qu’il soit devenu une institution, maintenant subventionnée, et qu’il constitue le deuxième plus ancien festival cinématographique hors compétition au Canada5.

Les codirecteurs, Luc Bourdon et Claude Chamberlan, lors du Festival international du nouveau cinéma en 2000. Photo: Robert Mailloux, Archives La Presse
Le Festival international rock de Montréal (FIRM) a été initié en 1988 par une bande de jeunes alternos qui géraient depuis quelques années l’Usine de création Akmé (ou Usine 77), situé dans le Bancroft Building au 77 rue Mont-Royal Ouest, aux limites du Mile-End. Cet « incubateur socio-culturel multidisciplinaire et multi-ethnique »6 mettaient à la disposition des artistes une dizaine de locaux — salle de répétition, chambre noire, atelier multidisciplinaire, espace de diffusion — répondant aux besoins criant d’une communauté marginalisée et abandonnée par les soutiens publics. La scène musicale alternative francophone souffre alors d’une absence totale d’infrastructures en production et en diffusion. À cette époque, c’étaient soit le DIY, ou la mort. Connecté à l’émergence du rock alternatif francophone, le FIRM va initier le Québec à des phénomènes musicaux comme Bérurier noir, la Mano Negra, Sttella, Noir Désir, les Garçons Bouchers, et soutenir la scène locale en présentant des artistes ou des formations tels que Jean Leloup, Les Colocs, Les Parfaits Salauds, Les Stups, Grim Skunk ou Vent du Mont Shcärr. Grâce à cette incroyable vitrine se déployant des Foufounes électriques au Spectrum, ces parfait·es inconnu·es seront invité·es par la suite à performer dans les circuits officiels. Le FIRM disparaitra en 1992 à la suite de problèmes financiers. La mission de « découverte musicale » inscrite dans son ADN sera plus ou moins récupérée par Les FrancoFolies de Montréal créé en 1989, soit un an après la venue du FIRM.

Affiche, Festival International de Rock Francophone de Montréal, 1987 Source: Alain Karon
Voilà deux festivals issus de la scène alternative que le journaliste Alain Brunet, en 1992, va comparer et qui résume le consensus général quant à leur créneau particulier : « le FIRM est aux FrancoFolies ce que le Festival international du nouveau cinéma est au Festival des films du monde »7.
L’OFF Festival de Jazz : résistance contre l’institutionnalisation

Affiche. OFF Festival de Jazz de Montréal, 2011
En suivant la deuxième piste, celle du festival qui se construit en opposition à la programmation d’un festival dit « in », il semble que L’OFF Festival de Jazz de Montréal, fondé en 1999, soit le premier évènement à s’être ouvertement réclamé de ce titre. À ce moment précis, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) entame sa 20e édition. Dans la communauté jazz du Québec, la grogne monte depuis déjà une dizaine d’années. On reproche au FIJM de négliger la scène canadienne qui occupe seulement 20 % de la programmation en salle, reçoit des cachets miséreux et très peu d’accompagnement technique8. De plus, toutes les formes qui s’éloignent des standards, telles que le jazz contemporain ou leur jonction avec la musique actuelle et la poésie sont ignorées. Ces caractéristiques font pourtant la singularité d’un milieu jazz québécois qui s’est forgé depuis les années 1970 à travers la contreculture et le frottement des disciplines au Centre d’essai le Conventum (1976-1983), par exemple.
Organisé sans moyens financiers par un groupe d’artistes — Anne Bilodeau, Normand Guilbeault, Ivanhoe Jolicoeur, François Marcaurelle, Bob Olivier, Pierre St-Jak et Jean Vanasse —, avec l’appui de leur communauté musicale, de la Guilde des musiciens et musiciennes et de Jérôme Fèvres-Burdy de la salle du Lion d’Or, la première édition du off-festival propose une série de spectacles à 23 h, en parallèle à la programmation du FIJM qui se tient généralement à la fin du mois de juin. Initiée sous le nom de Montréal Nocturne, elle va regrouper une soixantaine de musicien·nes et des artistes du milieu de la poésie dans son QG, le Lion d’Or. Dix ans plus tard, L’OFF Festival de Jazz de Montréal qui rayonne maintenant dans la ville est devenu un évènement couru du public et des journalistes culturel·les9. En 2011, il va s’affranchir de la période achalandée des festivals montréalais et sortir de l’ombre de son grand frère en présentant dorénavant son édition à l’automne.
Notes :
1. Vivant, E. (2006). Le rôle des pratiques culturelles off dans les dynamiques urbaines [Université Paris 8]. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00257227/document
2. ATILF – CNRS & Université de Lorraine. (s. d.). OFF : Définition de OFF. Dans Trésor de la langue française informatisé. Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL). Récupéré le 3 avril 2025 de https://www.cnrtl.fr/definition/off
3. Dussault, S. (1990, 6 octobre). 19e Festival international du nouveau cinéma et de la vidéo [de Montréal]. La Presse, C1, C3.
4. Cassivi, M. (2021, 1ᵉʳ octobre). 50e anniversaire du Festival du nouveau cinéma: Contre vents et marées. La Presse, Chroniques. https://www.lapresse.ca/cinema/chroniques/2021-10-01/50e-anniversaire-du-festival-du-nouveau-cinema/contre-vents-et-marees.php
5. Pâquet, A., & Wise, W. (2014). Festivals du film. Dans l’Encyclopédie Canadienne. Repéré à https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/festivals-du-film
6. Usine 77. (s. d.). Montréal Concert Poster Archive. https://montrealconcertposterarchive.com/usine-77/
7. Brunet, A. (1992, 19 août). Le Festival international rock est à l’eau: problèmes financiers. La Presse, B12.
8. Brunet, A. (2000). Éclosion de l’off-Festival de jazz. La Presse, E1.
9. Truffaut, S. (2009, 29 juin). Un Off très in. Le Devoir, Culture, 8.